Deux étudiants d’Ayotzinapa assassinés le mardi 4 octobre 2016


Communiqué urgent : deux étudiants d’Ayotzinapa assassinés le mardi 4 octobre 2016

 

Foto: http://sexta-azcapotzalco.blogspot.fr/

Johnatan Morales Hernández et Filemón Tacuba Castro, étudiants en quatrième année de l’écol normale rurale d’Ayotzinapa, ont été tués avant-hier, mardi 4 octobre, pendant qu’ils voyageaient de Chilpancingo à Tixtla dans une camionnette du transport publique, de retour de leur stage d’enseignement.

Un peu avant 18h, des personnes voyageant à bord ont arrêté le véhicule à la hauteur de la localité « El Basurero », à environ 4 km de Chilpancingo, et ont tiré sur les passagers, blessant une femme et tuant les deux étudiants d’Ayotzinapa. Un troisième passager est mort plus tard à l’hôpital, suite à des blessures par balle. Les agresseurs ont ensuite pris la fuite : en essayant d’arrêter d’autres véhicules, ils ont blessé encore trois personnes, dont un enfant de huit ans, et ont assassiné un chauffeur de minibus, avant de disparaître à bord d’une voiture. Aucun policier, soldat ou fonctionnaire n’a mis une halte à l’attaque.

Ce jour même, le Ministre de l’Intérieur Miguel Angel Osorio Chong se réunissait à Chilpancingo avec Héctor Astudillo Flores, gouverneur de l’Etat de Guerrero depuis octobre 2015, pour inaugurer ensemble le nouveau « Centre de justice pour les femmes » et trinquer aux avancées en matière de sécurité. Quelques heures après, la police dispersait une manifestation d’instituteurs de la ville à coup de gaz lacrymogènes.

Dans une conférence de presse, le procureur général de l’État Xavier Olea Peláez a présenté l’attaque de mardi comme un vol à main armée perpétré par des criminels de droit commun. Les deux étudiants auraient été exécutés pour avoir opposé résistance (quelque part, ils l’auraient donc bien cherché…). Pourtant, depuis 2011, c’est au moins la troisième fois que les étudiants d’Ayotzinapa sont victimes d’attaques mortelles. Le 12 décembre 2011, Jorge Alexis Herrera Pino et Gabriel Echeverría de Jesús ont été tués par balle pendant un affrontement avec la police sur l’Autopista del Sol. Le 26 septembre 2014, Daniel Solís Gallardo, Julio César Ramírez Nava et Julio César Mondragón Fontes ont été tués à Iguala, la même nuit pendant laquelle les 43 ont disparus aux mains de la police. Le dernier drame de mardi s’est produit une semaine après le deuxième anniversaire des faits d’Iguala, pendant lequel des affrontements entre normalistas et policiers au Michoacan et au Guerrero ont laissé un bilan de dizaines d’arrestations et de plusieurs blessés du côté des étudiants.

La logique du « cas isolé », de la « délinquance commune » et de la criminalisation des victimes est donc inacceptable : en raison de sa dissidence sociale, l’école d’Ayotzinapa est depuis des années la cible systématique d’actes de violence et de répression, dans lesquels les institutions et les forces de l’ordre participent activement ou bien laissent faire.

Dans son communiqué d’hier, le comité d’Ayotzinapa a refusé la version de l’agression pour vol et a exigé l’ouverture d’une enquête approfondie qui détermine tant les responsables matériels que les instigateurs du crime. Ils ont aussi souligné que ce drame s’inscrit dans un climat de violence généralisée qui fait d’Acapulco et de Chilpancingo deux des villes les plus dangereuses au monde, où les personnes exécutées ou démembrées, les fusillades, les disparitions forcées, les enlèvements et les extorsions sont à l’ordre du jour. La présence accrue de policiers et de militaires et les millions de pesos consacrés à la sécurité ne servent à rien tant que la volonté politique du narco-état et des institutions de justice est celle de perpétuer la violence et l’impunité et de protéger les activités criminelles. Ainsi se conclut le communiqué des étudiants et des parents d’Ayotzinapa :

 

Nous sommes profondément indignés et remplis de rage. Nous continuons à subir les griefs du terrorisme d’État qui fait couler, encore une fois, le sang des fils du peuple. Nos camarades s’ajoutent à une longue liste d’assassinés sous les gouvernements de Calderón et Peña Nieto. Face à cette situation, on lance un appel à la population et aux organisations solidaires pour qu’elles s’organisent et manifestent avec nous contre l’État criminel, pour pouvoir mettre nous-même une fin à l’insécurité qui ravage le Guerrero et le Mexique tout entier. Nous responsabilisons directement le gouverneur Héctor Astudillo de l’assassinat de nos deux camarades. Un gouvernement qui est incapable de garantir la sécurité et de protéger la vie de la population est un gouvernement inutile. (…) Nous ne pouvons plus faire confiance à la police ou aux soldats qui surveillent les rues car ils sont complices de la délinquance. Nous ne pouvons non plus attendre grande chose des institutions, parce qu’elles protègent les criminels, et encore moins des gouverneurs, qui cumulent des richesses en soumettant la population avec la violence. Si le crime organisé demeure d’actualité, c’est parce qu’il est alimenté par le gouvernement. HALTE AU TERRORISME D’ÉTAT !