Repas en soutien au projet d’expo « Traces de la mémoire » (21/01/2017)


Rouvert en 2016, La Nouvelle Rôtisserie est un restaurant associatif, un lieu de rencontre ouvrant un espace d’autogestion et d’expression collective au service des luttes (1). Tous les soirs une association différente cuisine un repas et organise le servie afin de soutenir un projet non lucratif. Samedi 21 janvier, il a ouvert ses portes au Collectif Paris-Ayotzinapa.

Au menu il y a eu un large choix tacos solidaires faits maison afin de soutenir le projet d’exposition du sculpteur mexicain Alfredo López Casanova, «Traces de la mémoire », un projet artistique autour des disparitions au Mexique de 1970 à nos jours. Mettant en œuvre une démarche participative, le sculpteur récolte les chaussures de ceux qui cherchent un disparu gardant ainsi une «trace » du combat que les familles mènent au quotidien dans le contexte actuel d’une crise sans précédent des droits humains: disparitions, tortures et exécutions extra-judiciaires impliquant des agents de la fonction publique, l’armée, la marine, ainsi que la police, se généralisent en toute impunité sous le régime corrompu d’Enrique Peña Nieto qui s’efforce à criminaliser le combat des familles.

Grâce à vôtre soutien l’exposition pourra se tenir à Paris au printemps 2017 en présence de Maria de Jesús Tlatempa, mère de José Eduardo Bartolo Tlatempa, l’un des 43 étudiants de l’École normale rurale d’Ayotzinapa, disparus en 2014 aux mains de la police et de l’armée mexicaines. Plus de deux ans après, les parents vivent encore dans l’angoisse de ne pas savoir où se trouvent leurs enfants. Malgré l’enquête du GIEI (Groupe interdisciplinaire d’experts indépendants mandaté par la Cour Interaméricaine des Droits de l’Homme) qui a démontré dès 2015 l’impossibilité scientifique de la version officielle des faits, le gouvernent s’obstine à l’imposer occultant ainsi l’implication des autorités fédérales et de l’armée (2).

 

 

Loin d´être un cas isolé, ce crime d’État a permis de mettre en évidence l’ampleur effrayante des cas de « disparition forcée », c’est-à-dire « la privation de liberté sur une ou plusieurs personnes, quelle qu’en soit la forme, commise par des agents de l’État, ou par des personnes ou groupes qui agissent avec l’autorisation, le soutien ou l’acquiescement de l’État » (3).

En 2016 le nombre de disparus s’est élevé à près de 30 mil personnes selon les chiffres officiels. Mais ce chiffre s’avère loin de calculer l’ampleur réelle des disparitions car beaucoup de familles n’osent pas déposer une plainte par peur de représailles. Le GTDFI (Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires de l’ONU) avait estimé en 2011 que moins du 25 % des cas sont signalés aux autorités (et donc « comptabilisés ») et qu’il n’existe que 6 condamnations fédérales pour ce délit (4).

Face au déni de justice, de plus en plus de familles s’organisent et partent à la recherche de leur proches dans des fosses clandestines. Assumant ainsi le devoir des autorités à ses propres risques et périls, certains collectifs affrontent même des menaces de mort, comme en témoigne le Groupe de Recherche de Fosses Clandestines Los Otros Desaparecidos de Iguala (5). Depuis 2006, près de mil disparus ont été trouvés dans plus de 365 fosses clandestines. Rien qu’en 2016, ont été découverts 260 cadavres dans 140 fosses clandestines (6).

Les familles de disparus et les organisations solidaires exigent l’application des recommandations formulées en 2016 par le GIEI et notamment l’approbation du projet de « Loi générale contre les disparitions forcées » incluant les « 8 points fondamentaux » formulés par les familles des victimes (7), la typification de ce délit conformément au droit international et dans tous les codes pénales de la fédération, la mise en place d’un système national de recherche de disparus garantissant le respect à un seul protocole d’action immédiate ainsi que le droit à réparation aux victimes, tout comme l’application des mesures de prévention dictées en 2015 par le Comité contre la disparition forcée de l’ONU.

Au Mexique, l’impunité est la règle pour le délit de disparition forcée devenu ainsi un mécanisme de répression institutionnalisé sous le silence coupable des plus hautes autorités policières et judiciaires.

Face à cela, le combat des familles doit être entendu, soutenu et diffusé !

MERCI à tous ceux et celles qui sont venus manger et avons participé ainsi à financier le montage à Paris de « traces de la mémoire » !

Pour plus d’infos sur l’expo, visitez :

https://www.facebook.com/Huellas-de-la-Memoria-1649505495280447

(1) http://www.lanouvellerotisserie.org/

(2) D’après la version officielle, ladite « vérité historique », les étudiants ont été livrés par des policiers municipaux à un groupe criminel qui les aurait brûlés dans une décharge publique.
Ici les deux rapports du GIEI qui a battu en brèche cette version: http://prensagieiayotzi.wixsite.com/giei-ayotzinapa/informe-

(3) […] suivi de l’absence d’information ou le refus de reconnaître cette privation de liberté ou d’informer sur la localisation de la personne, ce qui empêche l’exercice des recours légaux et des garanties de procédures pertinentes ». Article 2 de la Convention Interaméricaine sur la Disparition Forcée de Personnes (1994) https://www.cidh.oas.org/basicos/french/k.disparition.htm

(4) « Informe del Grupo de Trabajo sobre las Desapariciones Forzadas o Involuntarias, Misión a México » : http://www.cinu.mx/…/Desap…/Desaparicion%20forzada%20WEB.pdf (Novembre 2011). Voir aussi « Una mirada desde los organismos del sistema de Naciones Unidas », coedición ONU-DH México y CNDH, Noviembre 2015: http://www.hchr.org.mx/images/2015_DesapForz_CNDH_ONUDH_WE B.pdf

(5) Pour comprendre leur travail, voir la « Conférence de presse à 2 ans d’Ayotzinapa à Paris » avec Xitlali Miranda (membre du Groupe de recherche de fosses clandestines, Los Otros Desaparecidos de Iguala), Anne Boucher (responsable Amériques de l’ACAT, Action des chrétiens pour l’abolition de la torture), Geneviève Garrigos (présidente sortante et porte parole d’ Amnesty Internationale France) et Michel Eltchaninoff (auteur du livre « Les nouveaux dissidents », prix Livre et Droits de l’Homme 2016)