Le groupe d’experts indépendants doit pouvoir poursuivre ses travaux


Mexique – Ayotzinapa : le groupe d’experts indépendants doit pouvoir poursuivre ses travaux (25/04/2016)

Dimanche 24 avril 2016, le Groupe interdisciplinaire d’experts indépendants (GIEI) de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) a rendu ses dernières conclusions concernant l’enquête sur la répression des étudiants d’Ayotzinapa dans la nuit du 26 au 27 septembre 2014 et la recherche de 43 d’entre eux, disparus depuis lors.

Aucun représentant des autorités mexicaines n’a assisté à l’événement. L’ACAT et le Collectif Paris-Ayotzinapa demandent aux autorités françaises, dans le cadre de leur coopération accrue avec les autorités mexicaines, de solliciter le renouvellement du mandat du GIEI.

Le constat du GIEI reste très inquiétant :

  • l’hypothèse du Parquet fédéral mexicain selon laquelle les 43 étudiants auraient été incinérés dans la décharge de Cocula demeure incompatible avec les preuves scientifiques récoltées sur le terrain et avec l’activité des portables des étudiants disparus;
  • plusieurs corps de police auraient été impliqués : celles de trois municipalités proches ainsi que la police de l’état de Guerrero et la police fédérale. L’armée était elle aussi informée de la situation, mais le GIEI n’a jamais été autorisé à interroger les soldats présents sur les lieux;
  • aucune enquête sérieuse n’a été conduite concernant le cinquième bus ayant pu contenir une cargaison d’héroïne, alors que cela pourrait expliquer la coordination et l’ampleur de la répression;
  • des preuves ont été perdues ou vraisemblablement détruites, des scènes de crime n’ont pas été dûment préservées, différents dossiers coexistent ce qui empêche la bonne coordination de l’enquête;
  • au moins 17 des personnes détenues par les autorités mexicaines et supposées avoir fourni des témoignages fondamentaux présentent des signes probables de torture et mauvais traitements.

Les inconsistances et manquements dans l’enquête officielle que le travail du GIEI a mis en lumière ne sont que la pointe de l’iceberg des failles structurelles que l’on peut constater au Mexique, où la torture, la fabrication de coupables et la manipulation des preuves sont des pratiques courantes et largement documentées. Malgré son apport capital, la requête du président de la CIDH et les demandes réitérées des familles des victimes, les autorités mexicaines refusent de renouveler le mandat du GIEI. « Les familles des étudiants n’ont aucune confiance dans l’action gouvernementale. Pour eux, la permanence du GIEI représente le seul espoir pour que justice soit faite », souligne le Collectif Paris-Ayotzinapa.

Le groupe d’experts termine sa mission le 30 avril. Depuis la présentation de leur premier rapport en septembre 2015, ils ont fait l’objet d’une campagne de discrédit dans plusieurs médias mexicains. Le gouvernement n’a jamais cherché à mettre un terme à ces diffamations.

D’ailleurs, depuis des mois, ce sont l’ensemble des organismes interaméricains et onusiens des droits de l’homme, les ONG mexicaines et les victimes qui sont ciblés par des propos visant à délégitimer leur action. « Les rapporteurs spéciaux de l’ONU contre la torture et pour les défenseurs des droits de l’homme n’ont pas été autorisés à effectuer des visites cette année malgré une situation proprement alarmante sur le terrain », rappelle Anne Boucher, responsable Amériques de l’ACAT.

L’État mexicain ne peut pas prétendre se conformer à toutes ses obligations internationales en matière de défense des droits de l’homme et rejeter chacune des conclusions qui le dérangent en matière de disparition forcée, d’exécutions extrajudiciaires et de torture. L’affaire des étudiants d’Ayotzinapa est emblématique de la grave crise des droits de l’homme que traverse le pays et tout doit être mis en œuvre pour la résoudre. Nous appelons la communauté internationale, la France en tête, à appuyer la demande du président de la CIDH de maintenir la collaboration des experts du GIEI sur l’enquête.